Roberto Frankenberg, Full Moon

Il s’agit de paysages nocturnes que je photographie essentiellement au clair de lune. Je recherche des lieux éloignés des grandes villes pour privilégier le mystère et le silence de la nuit, exacerbés par l’éclairage de la lune, afin que l’influence des lumières artificielles soit nulle ou très ponctuelle. Je recherche aussi la lenteur, que je tente de véhiculer dans mes images, en contrepoint au rythme imposé de mes travaux de commande, portraits et reportages.

Je travaille à la chambre, par des nuits de pleine lune ou presque. J’ai réalisé ces photos essentiellement à l’Ile de Batz dans le Finistère, dans les Alpes de Haute-Savoie et sur les bords du fleuve Tapajos en Amazonie. Pour voir la nuit, l’œil utilise des cellules de la rétine très peu sensibles aux couleurs. Les tons de gris sombres et noirs prédominent, on distingue mal les volumes. La pellicule restitue ensuite des formes et des nuances que parfois l’œil de l’homme n’a pas vues. Le temps de pose est très long, souvent proche de 10 minutes. La nuit, je suis seul devant l’infini, le temps s’étire, la lumière ne change pratiquement pas. Le silence est profond, j’entends presque le pouls de l’univers, je me sens tout petit face au cosmos, j’ai des vertiges métaphysiques. J’ai l’agréable sensation de me fondre dans l’espace-temps. J’ai l’impression de partir pour un voyage dont je ne reviendrai jamais. Le paysage a tout son temps pour poser pour moi.

Roberto Frankenberg



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